Archéologie - Pas-de-Calais le Département
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Bailleulmont, rue du château, 2013, diagnostic, occupations du haut-empire et du bas moyen-âge

Le projet d’aménagement élaboré par la commune de Bailleulmont a fait l’objet d’une prescription du Service Régional de l’Archéologie. Le Centre Départemental d’Archéologie du Pas-de-Calais a procédé à un diagnostic sur l’emprise de ce projet, concerné par la construction d’un atelier communal de stockage et d’une zone de stationnement paysagée. La parcelle est située au «7 rue du château» , à proximité de la motte castrale. L’opération archéologique s’est déroulée du 02 au 05 décembre 2013. Quatre tranchées linéaires et cinq extensions ont été réalisées, représentant une surface d’ouverture de 871,48 mètres carrés pour une superficie totale de 3689 mètres carrés (19,54 %).

Suivant les observations inscrites dans la Carte Archéologique de la Gaule, les environs proches de l’intervention ont fait l’objet de deux gisements archéologiques. Situées au nord-est et au sud ouest de l’opération, elles portent sur des vestiges attribués ou datés pour partie de la période romaine (voirie) et pour partie de la période médiévale (motte castrale).

Le diagnostic a mis en évidence 115 unités d’enregistrements concentrées essentiellement dans les parties nord-est et nord-ouest du site. Les nombreux vestiges mis au jour sont à rattacher à la période gallo-romaine d’une part (fin 1er-2ième siècle après J.-C.) et à la période médiévale/moderne d’autre part (13ième-16ième siècle après J.-C.), avec une occupation contemporaine liée au premier conflit mondial. Toutefois, même si toutes les structures n’ont pu être sondées, la totalité a néanmoins fait l’objet d’un ramassage de mobilier visible en surface des comblements.
Pour la période antique, plusieurs structures liées à une activité de potier ont été observées, principalement dans la partie nord-ouest de la parcelle concernée par le projet. L’officine se compose d’un four de type «sole en grain de café» avec une aire de travail précédée d’un alandier. De telles installations sont connues dans la région (Bruay-la-Buissière, Dainville). Au nord du four ont été dégagées plusieurs fosses dépotoirs et au sud, un niveau de type tessonnière. La forme et la fonction de certaines autres structures n’ont pas pu être identifiées avec certitude ; la répartition des vestiges est dense et stratigraphiée. Ces observations laissent envisager qu’au moins deux phases d’occupations sont représentées sur le site pour la période gallo-romaine dont un premier état de datation non précisée. Le second état est représenté par le four et ses fosses associées, qui au vu de la datation fournie par le mobilier céramique est daté de la fin du 1er siècle au 2ième siècle après J.-C.

Les sondages réalisés dans le four et dans une fosse dépotoir montrent une bonne conservation des vestiges et une grande quantité de mobilier : céramique rugueuse sombre majoritairement. Les observations menées sur le mobilier produit dans le four de Bailleulmont renvoient à un répertoire typologique bien connu chez les Atrébates et très caractéristique de la période du Haut Empire, avec des formes récurrentes comme le couple pots et jattes à col tronconiques (Arras, Dainville, Bruay-la-Buissière).
Des traces de voirie caractérisées par des segments d’ornières, très arasés et une portion de fossé bordier ont également été découvertes. Ce type d’aménagement a déjà été observé dans la région, notamment à Bruay-la-Buissière, sur le site de la «ZAC de la Porte Nord». Elles se situent légèrement plus à l’est de la zone du four. Le fossé a fait l’objet d’un test mécanique et outre, la présence d’une monnaie, le mobilier céramique dégagé date le comblement de la structure du milieu du 1er siècle au milieu du 2ième siècle après J.-C. L’orientation nord-nord-est / sud-sud-ouest de l’ensemble est en adéquation avec l’axe de la voie romaine reliant Arras à Amiens. Au sud de cette voirie se dégagent quelques petites fosses pouvant éventuellement être reconnues comme une zone funéraire en lien direct avec la voie romaine. En effet, un pot isolé a été mis au jour dans le secteur.
Les vestiges rattachés à la période médiévale et moderne (13ième - 16ième siècle après J.-C.) sont localisés au nord-est de la zone prescrite à 200 mètres de la motte castrale. La motte constitue un pôle classique de fixation de l’habitat. Néanmoins, bien que la seigneurie de Bailleulmont soit connue depuis le 11ième siècle, les vestiges médiévaux les plus anciens du site ne sont pas antérieurs au 13ième siècle alors qu’ils sont localisés à proximité des sièges des autorités (motte, chapelle castrale ?). Les découvertes se développent sur une surface de 1200 mètres carrés au sud-est de la voie romaine.

Le diagnostic a révélé au moins deux types d’occupations sur le site. La première définie comme une aire de stockage est représentée par de nombreux celliers et un silo isolé. L’un de ces celliers présente des aménagements soignés, notamment un parement en rognons de silex muni d’une petite niche calcaire. Compte tenu de leur taille et de leur nombre, ces installations correspondent à des structures de stockage qui pourraient être plutôt communautaires, voire domaniales que domestiques. Cet ensemble est daté d’après le mobilier céramique dégagé de la fin du 13ième siècle.

La seconde occupation est caractérisée par une construction sur solin et plots calcaire de grandes dimensions (une grange ?) probablement à vocation agricole, venue s’installer après le comblement des celliers. Ce bâtiment semble occupé du 14ième au 16ième siècle. En effet, les nombreuses recharges du niveau de sol en craie damée (UE 14) confirment cette longue période d’usage. Située à l’extérieur de la basse-cour du château, cette structure ne trouve pas de comparaison dans la région et apparaît comme un exemple inédit d’un édifice essentiellement de nature communautaire ou domaniale compte-tenu de ses dimensions. Ce basculement du secteur d’une pratique de stockage vers une autre forme d’activité pose question.

Au sud de l’emprise de diagnostic, un bâtiment d’un autre type a été découvert. Il s’agirait là plutôt d’une construction sur poteaux avec un foyer, répondant plus à un usage domestique. Les découvertes faites sur le site de Bailleulmont s’inscrivent dans la problématique de la genèse des villages médiévaux plutôt que dans celle de l’habitat rattaché à la basse-cour du château.

L’intervention a permis de mettre en exergue une occupation dense et multiple sur l’ensemble de la parcelle. L’occupation gallo-romaine du site se développe sur une surface moyenne de 1700 mètres carrés au nord-ouest de la voie romaine alors que l’occupation médiévale s’organise au sud-est de celle-ci sur une superficie moyenne de 1200 mètres carrés. Il semblerait donc que l’utilisation de la voie perdure malgré un hiatus chronologique de plus d’un millénaire et qu’elle soit un élément de la structuration de l’espace. La poursuite de l’intervention permettrait sans nul doute d’approfondir nos connaissances sur ce type de bâti médiéval, peu connu dans la région, pour cette période mais également de compléter les recherches sur les activités artisanales ou autres menées dans les environs très proches d’une voie romaine.

Référence du rapport

Laetitia DALMAU (Dir.), Elisabeth AFONSO-LOPES, Hélène AGOSTINI, Murielle MEURISSEFORT
Bailleulmont, «Rue du château», Rapport final d’Opération de diagnostic, éd. Centre départemental d’archéologie du Pas‑de‑Calais, Dainville, 2014, 119 p., 66 fig.

Mots-clés

Antiquité romaine, empire romain, Haut-Empire, gallo-romain, époque médiévale, Bas Moyen-Age, Moderne, époque contemporaine, Première Guerre Mondiale, Bailleulmont, Pas-de-Calais, four, sole en grain de café, voirie, incinération, celliers, silo, solin, sol en craie damée, habitat sur poteaux, foyer, tranchées militaires, dépotoirs.