Archéologie - Pas-de-Calais le Département
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Mont-Saint-Éloi, Abbaye du Mont-Saint-Éloi, 2012, fouille programmée, époques gothique et classique

Les objectifs de l'année de fouille 2012 ont porté sur l'exploration des phases anciennes de l'aire sépulcrale, le site à l'époque gothique et le plan de l'église classique. L'accumulation des observations a notamment permis de retrouver la topographie originelle du site, profondément modifiée au 18ième siècle. Le bord de la colline était localisé plus à l'est, marqué par un dénivelé plus important (3 m au minimum par endroit).

Le site au 11ième siècle

L’accès aux vestiges les plus anciens du site, bien que ardu en raison de la présence d'une stratigraphie épaisse et complexe, a été possible sur un secteur limité au sein de l'aire sépulcrale. Ainsi, des bâtiments excavés, datés du XIe siècle ont été observés, des installations retrouvées généralement dans des contextes domestiques et dont la présence conduit à s'interroger sur la nature des occupations du site dans la zone. La présence d'inhumations, contemporaines de l'une de ces excavations, atteste également une fonction funéraire du secteur depuis au moins le 11ième siècle. Les mentions anciennes renseignent peu sur la période. Les vestiges sont antérieurs à la réforme de la communauté de 1068 qui se voit imposer la règle de Saint Augustin. Auparavant, les chanoines, à l'origine des séculiers, desservaient une chapelle ou basilique et semblaient vivre en communauté. A défaut d’offrir une vision précise de l'occupation du site à cette époque, ces résultats ont le mérite de montrer que des témoignages archéologiques existent et que les vestiges apparaissent bien conservés.

Un développement au 12ième siècle ?

Les découvertes datées de cette période révèlent une rupture dans l'organisation du site avec le siècle précédent. Un grand bâtiment excavé qui va structurer l'occupation dans le secteur durant tout le siècle est dressé au nord. à l'est de ce dernier l'aire sépulcrale se développe, limité par un fossé au nord. Le secteur, bien que construit, devient spécifiquement un lieu d'inhumations, matérialisé par des marquages au sol (fossés et poteau). A la fin du 12ième siècle, tandis que le bâtiment est détruit et l'espace en sous-sol comblé, l'aire sépulcrale ne s'étend pas au-delà des limites précédemment fixées. Cette organisation va perdurer jusqu'à la construction de l'église classique.

La période gothique et ses bouleversements

Si l'église gothique n'a pas encore été localisée avec précision, la connaissance de l'occupation du site entre le début du 13ième siècle et la fin du Moyen âge s'affine néanmoins. Les plans des fosses de démolition de 1750 et les observations stratigraphiques ont été complétés, permettant de mettre en évidence des édifices dans la périphérie de l'église dont il reste à définir la nature. L'agencement du flanc occidental de l'église gothique est également mieux connu. En effet, un espace de circulation de près de 1 m de large a été créé entre abbatiale et le bord ouest de la colline. Cette zone, qui ne demeure pas un simple lieu de passage, est subdivisée par un muret et est investie au nord par une deuxième aire sépulcrale. Deux siècles après la construction de l'église gothique, le paysage monastique est à nouveau profondément bouleversé. Au début du 15ième siècle, l’abbaye est enclose d’une enceinte dont des vestiges du mur occidental, flanqué d’une tour, ont été mis au jour sur le site sur 60 m de long. Cette enceinte, qui est restée en élévation jusqu’au chantier de l’abbatiale classique, a sans doute été l’objet de remaniements au sud comme semblent le suggérer des différences dans les modes de fondation du mur.

Les archives mentionnent la construction d’une enceinte et de tours dans la première moitié du 15ième siècle. L’abbé Michel II (1388-1424) obtient notamment l’autorisation de ceindre l’abbaye de remparts et de tours. C’est son successeur l’abbé Jean 4 (1424-1452) qui les fera élever après 1433 ou 1435. Un mur défensif, ceinturant l’abbaye, est figuré sur les vues cavalières des 17ième et 18ième siècles. Une tour est représentée dans le mur occidental, à mi-parcours, les suivantes garnissant les angles de l’enceinte. La tour mise au jour sur le site correspond certainement à cet unique flanquement du front ouest. La précédente organisation spatiale du secteur occidental du site n'est pas modifiée : l'espace entre le mur et l'église conserve ses fonctions de lieu de circulation et d'inhumation.

L'église classique

Le choix d'un dégagement extensif de ses vestiges a permis de dresser un plan quasiment complet de l'édifice et de cerner le mode de construction à l'ouest. L’église classique, de 91 m de long sur 42 m de large au niveau du transept, est décalée par rapport à la précédente. Dressée plus à l’ouest, la moitié occidentale du vaisseau a été fondée en contrebas de la butte. La différence de niveau (près de 3 m de dénivelé) a été rattrapée en rehaussant le terrain à l’aide des remblais de démolition de l’église gothique au fur et à mesure que les fondations étaient dressées. Les fondations sont rarement réalisées d’un tenant et les bâtisseurs n’hésitent pas à naviguer entre les différentes parties de l’édifice en employant des techniques de fondations très variées. Le plan de l’édifice adopte celui d’une croix allongée et symétrique, dont les branches se terminent par des absides courtes. Les sources iconographiques offrent une vision toute autre avec un plan plus ramassé et dissymétrique au niveau de la nef du chœur.

Référence du rapport

WILLOT J. M. (dir.), AGOSTINI (H.), DALMAU (L.), DAULNY (L.), DELAGE (M.), DELOBEL (D.). Mont-Saint-Eloi, "L’Abbaye du Mont-Saint-Eloi". Rapport final d’opération de fouille, éd. Centre départemental d’Archéologie du Pas-de-Calais, Dainville, 2012, 390p., 166 fig.

Mots-clés

Époque médiévale, temps modernes, époque contemporaine, Pas-de-Calais, Artois, Mont-Saint-Eloi, abbaye, abbatiale, bâtiment conventuel, sépulture, céramique, lapidaire.