Archéologie - Pas-de-Calais le Département
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Mont-Saint-Éloi, L’Abbaye du Mont-Saint-Éloi, 2011, fouille programmée, abbaye du 18ième siècle et antérieur

Un site emblématique

Vue vers l’ouest des deux tours du Mont-Saint-Eloi et de la fouille.

Les deux tours de l’église abbatiale du Mont-Saint-Éloi constituent l’un des derniers témoignages de l’ancienne communauté de chanoines qui occupait la colline. Elles sont localisées à 7 km au nord-ouest d’Arras, dans le centre du village du Mont-Saint-Éloi, en bordure de l’ancienne voie gallo-romaine (la route départementale RD 341) qui reliait les cités d’Arras (Nemetacum) et de Thérouanne (Tervanna).
Dans le cadre de la politique des transferts de propriétés des immeubles nationaux mise en place en 2004, le département s’est porté acquéreur du monument en février 2008 et a proposé d’organiser une opération archéologique dont les investigations porteraient sur l’église abbatiale moderne ainsi que ses états antérieurs. Les résultats des fouilles orienteront le choix de la valorisation du site des "Deux Tours de l’Abbaye" (panneaux, vestiges apparents, aménagements paysagers) dont la mise en place est prévue après les travaux de restauration de l’édifice. La première année de la fouille programmée triennale a démarré cette année sur un terrain de 4800 m2 localisé à l’arrière des deux tours ; l’opération qui a mobilisé une dizaine de personnes du 8 août au 18 septembre 2011, a permis d’étudier des vestiges archéologiques qui n’avaient jamais été, à ce jour, explorés. Les problématiques, proposées en 2010 après l’opération de diagnostic et validées par la Commission Interrégionale de l’Archéologie du Centre-Nord de mars 2011, étaient axées sur l’abbatiale moderne (définir son plan), l’étude des états antérieurs (les abbatiales romane et gothique ne sont pas connues) et l’approche de l’aire sépulcrale.

Les vestiges antérieurs au milieu du 18ième siècle

Les observations réalisées cette année, même si elles restent limitées compte tenu des surfaces dégagées, ont été une source d’informations notables concernant l’occupation du site durant cette longue période. Elles vont notamment déterminer l’orientation des recherches pour les deux années à venir.
De grandes fosses de démolition du milieu du 18ième siècle, dont un premier plan a pu être dressé, correspondent à l’emplacement de bâtiments de grande taille dont très certainement celui de l’église gothique. Peu à peu le plan de l’église semble se dessiner grâce aux tracés de ces excavations qui occupent la moitié orientale du site. Il subsiste autour de ces structures des tronçons de fondations appartenant à des bâtiments conventuels ou à l’église gothique qui ont échappé aux nombreuses démolitions et reconstructions de l’abbaye.
La fouille de l’aire sépulcrale a également révélé des résultats qui conditionnent l’orientation des recherches dans le secteur. Bien que les niveaux supérieurs modernes aient disparu lors du chantier de 1750, le cimetière conserve une stratigraphie lisible et datée avec une certaine précision grâce à un mobilier céramique homogène. Ce bon état de conservation de la stratigraphie associé à l’étude de l’architecture funéraire ont permis de mettre en évidence des évolutions du mode d’inhumation durant le Moyen Age classique et le Bas Moyen âge. De plus il est probable que des tombes du Haut Moyen âge soient conservées, portant la hauteur de la stratigraphie funéraire à un mètre hors excavations dans le substrat. L’étude anthropologique, qui pour l’instant s’est portée sur 65 individus, a montré que la population enterrée est sans doute d’origine villageoise, une pratique observée sur d’autres sites en France.

L’abbatiale classique

Les élévations et les sols ont disparu mais il subsiste à de nombreux endroits les fondations et les niveaux de construction. Ainsi, l’articulation du chantier du chevet a pu être comprise : il a été observé que les bâtisseurs ont navigué entre l’abside du chœur et les chapelles rayonnantes lors de la construction des fondations. Clairement la fondation de l’abside du chœur est commencée avant le mur de chevet mais l’ensemble des soubassements est terminé en même temps.
Les modes de fondation sont très surprenants tant par leur diversité que par leur nature. Souvent, les fondations apparaissent soignées avec l’emploi de matériaux de réemploi de qualité (blocs de calcaire équarris) mais parfois, du blocage de cassons de calcaire est aussi utilisé. Le liant est toujours un mortier à chaux très compact, mélangé avec quelques charbons de bois.
Le plan du transept nord est très particulier : il forme un arc surbaissé qui ne s’accroche pas directement sur le mur latéral mais marque un décroché en angle droit de ce dernier. Cette configuration des fondations implique en élévation une adaptation des voûtements qui n’est pas visible sur les esquisses du 19ième siècle. Des observations seront réalisées sur le transept pour confirmer ce plan qui nécessite une réflexion sur la nature des élévations.
Enfin, un bâtiment conventuel antérieur a été reconstruit en partie, en modifiant les élévations et la distribution intérieure : d’anciens édifices ont pu être partiellement intégrés dans le projet de la nouvelle abbaye qui possède pourtant une ordonnance volontairement différente de la précédente.
Enfin, l’un des travaux engagés cette année a porté sur la recherche de pistes pour la datation, notamment celle des blocs lapidaires ou du mortier des maçonneries. En effet la difficulté majeure de ce type de site demeure l’absence de mobilier datant. Naturellement, les archives livrent des informations sur les reconstructions des édifices religieux, mais il est souvent délicat d’associer les données historiques aux faits archéologiques.

Références du rapport

Jean-Michel WILLOT (dir.), Hélène AGOSTINI, Loïc DAULNY, Mathilde DELAGE, Déborah DELOBEL, Isabelle LOUISO.
Mont-Saint-Éloi, L’Abbaye du Mont-Saint-Éloi.
Rapport final d’opération de fouille, édition Centre départemental d’Archéologie du Pas-de-Calais, Dainville, 2011, 316 pages, 160 figures.

Mots-clés

Époque médiévale, temps modernes, époque contemporaine, Pas-de-Calais, Artois, Mont-Saint-Éloi, abbaye, abbatiale, bâtiment conventuel, sépulture, céramique, atelier, vitraux, lapidaire.

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