Archéologie - Pas-de-Calais le Département
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Saint-Omer, Brasserie, rue de Courteville, 2013, diagnostic, îlot d’habitation du 13ième siècle à nos jours

Sur prescription du Service Régional de l’Archéologie du Nord-Pas-de-Calais, le Centre Départemental d’Archéologie du Pas-de-Calais, sous la responsabilité de Vincent Merkenbreack, a effectué un diagnostic sur l’emprise d’un projet d’implantation de cuves de fermentation de bière. Le projet, porté par la Brasserie de Saint-Omer, totalise 385 m² au cœur de la ville de Saint-Omer dans le quartier du Saint-Sépulcre, au numéro 20 de la rue de Courteville. L’opération s’est déroulée les 25 et 26 mars 2013. Au total, 3 sondages ont été réalisés, deux en fond de parcelle et un en front de rue. 33 % de la surface étaient inaccessibles totalisant 130 , sur les 255 m² accessibles, les trois sondages totalisent 44,034 , soit 17,2 %.
La totalité de la surface accessible s’est révélée positive. Les trois sondages réalisés ont livré des vestiges archéologiques couvrant une période allant du 13ième siècle à nos jours. Ces derniers apparaissent entre 0,70 m et 1,30 m sous l’existant en fond de parcelle et entre 0,50 m et 0,60 m en front de rue. Les destructions par des aménagements contemporains (caves, murs, fosses) sont peu conséquents compte-tenu du contexte urbain et n’impactent pas sur le sous-sol archéologique médiéval. Les vestiges du bâti moderne, présents essentiellement en bordure de la rue de Courteville, apparaissent pour leur part directement sous le niveau de gravier contemporain. La stratigraphie mise en évidence est structurée, complexe et préservée de manière conséquente : entre 1,20 m et 1,50 m de profondeur sur la partie jouxtant la rue de Courteville (c’est-à-dire entre 9 et 10,30 m NGF et, en fond de parcelle, les niveaux et structures archéologiques représentent une séquence de près de 2 m d’épaisseur au minimum (entre 10 et 8,15 m NGF).

Quatre grandes phases ont été distinguées.

La première phase, datée pour le moment du 13ième siècle au plus tard, correspond à des labours ou à une mise en culture du secteur. Elle est caractérisée par des niveaux naturels remaniés ou bêchés. Aucune structure attribuable à cette période n’a été mise en évidence lors du diagnostic, mais des éléments indiquent la présence de structures en creux en dehors de l’emprise des sondages. Cette première phase trouve un parallèle sur le site de la rue du Saint-Sépulcre, situé à quelques dizaines de mètres du présent diagnostic.

Au cours des 13ième et 14ième siècles (phase 2), la parcelle est aménagée. L’implantation de l’habitat et l’évolution de celui-ci caractérisent ces deux siècles d’occupation. Plusieurs séquences stratigraphiques ont été observées sous la forme d’ensemble de niveaux de sols et de niveaux d’usage et un habitat excavé ou cellier a été mis au jour. Ces phases d’habitation sont concentrées en front de rue, mais des vestiges de la même période ont été mis en évidence en fond de parcelle. L’ouverture des sondages ne permet pas de restituer la largeur des habitations de cette période, mais l’implantation en profondeur vers le cœur d’îlot peut être appréhendée. L’existence d’un parcellaire en lanière a pu être démontrée par l’archéologie et les études documentaires ailleurs sur Saint-Omer pour les XIIIième et XIVième siècles. Cette structuration de l’espace urbain peut dès lors être envisagée pour le site de la Brasserie, bien que les données du diagnostic ne permettent pas de l’affirmer avec certitude. L’essentiel du mobilier archéologique est représenté par de la céramique, présente à la fois dans les niveaux d’occupation de l’habitat en front de rue ainsi que dans les structures ou niveaux de jardins en fond de parcelle. Les formes sont caractéristiques d’un usage domestique et les cruches, marmites ou bassins cohabitent avec des pots dévolus au stockage ou à la préparation alimentaire.

Le 15ième siècle (phase 3) fait office de parent pauvre pour le mobilier céramique et les structures en fond de parcelle, mais l’existence d’une tranchée de fondation sous le bâti moderne trahit la présence d’un habitat en front de rue pour cette phase. Le bâti moderne du 17ième ou 18ième siècle s’installe à l’emplacement de l’habitat construit au 15ième siècle ; on peut dès lors envisager des parcelles en lanières pour cette période et, même si aucun vestige de mur n’est conservé dans le sondage réalisé en front de rue, la préservation de ceux-ci sur la parcelle reste probable.

Un hiatus chronologique caractérise les 16ième et 17ième siècles. Seuls quelques fragments céramiques de cette période se retrouvent dans des niveaux de remblais en façade ou en fond de parcelle. La pérennité du bâti du 15ième siècle peut être envisagée, mais les données actuelles ne permettent pas d’être formel.

Les derniers vestiges présents (phase 4) sont matérialisés par les fondations d’une habitation en front de rue attribuables au 18ième siècle voire au 17ième siècle au plus tôt. L’implantation du bâti, lui aussi en lanière, ne se retrouve pas sur l’organisation de la trame urbaine représentée sur le cadastre napoléonien daté de 1811. Enfin, les niveaux supérieurs mis en évidence lors du diagnostic sont à rattacher au remembrement du quartier à partir des années 1950 ainsi qu’à l’extension de la brasserie qui fit suite à l’opération archéologique de 1999.
 
Les vestiges mis au jour correspondent ainsi à un ensemble complet lié à l’occupation sur un îlot dans le quartier de la paroisse du Saint-Sépulcre de une à plusieurs habitations. Il a été possible de caractériser l’appropriation humaine d’un secteur situé en dehors de l’enceinte au 12ième siècle et de mettre en évidence la dynamique urbaine de ce quartier à partir du 13ième siècle, période où la paroisse du Saint-Sépulcre est intégrée dans l’enceinte urbaine de Saint-Omer. Les données archéologiques accessibles révèlent jusqu’alors une urbanisation du secteur à partir du 14e siècle, mais les vestiges mis au jour rue de Courteville indiquent l’existence d’un habitat dès le 13ième siècle.
La possibilité d’appréhender à Saint-Omer l’évolution d’un îlot d’habitation depuis le 13e siècle avec l’habitat en front de rue et les vestiges qui lui sont associés en fond de parcelle reste rare, intra-muros comme en bordure de l’enceinte médiévale, et notamment en raison du peu de surfaces encore accessibles. L’état de conservation exceptionnel des niveaux de sol, la possibilité de réaliser une étude documentaire complète, de pouvoir compléter les données de fouille de la rue du Saint-Sépulcre et la possibilité de pouvoir intervenir et caractériser une occupation sur au moins deux parcelles médiévales, donneraient à la fouille de cette parcelle un intérêt conséquent permettant une meilleure compréhension de l’histoire et de l’évolution du quartier de la paroisse du Saint-Sépulcre.

Référence du rapport

Merkenbreack Vincent, Saint-Omer (Pas-de-Calais), Brasserie, rue de Courteville, Rapport final d’Opération de diagnostic, éd. Centre départemental d’Archéologie du Pas-de-Calais, Dainville, 2013, 94 p., 50 fig.

Mots-clés

Médiéval, Moderne, Contemporain, Pas-de-Calais, Saint-Omer, urbain, habitat, parcellaire, fondations, niveaux de sol, fosse, cellier, céramique, lapidaire.