Archéologie - Pas-de-Calais le Département
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Reclinghem, Le Village, rue Principale et rue de Dohem, diagnostic, 2019

Le diagnostic de Reclinghem, « Le Village » a permis de mettre en évidence 5 phases d’occupation du site. Excepté quelques indices d’installation à la période protohistorique et au haut Moyen Âge, l’implantation humaine principale se développe à partir du XIIIe s. Elle est illustrée par un ensemble de vestiges fossoyés et maçonnés caractéristiques d’un habitat au cœur d’un bourg médiéval. A la période moderne, un corps de ferme prend place au sud-est de l’emprise. Si une partie des bâtiments, dont le logis et certaines dépendances sont toujours en élévation, ceux présents dans l’emprise du projet ont été démolis. Des traces de cette destruction, parfois très récente, ont également été mis au jour lors du diagnostic.

Phases 1 et 2 : des indices d’occupation entre la Protohistoire et le haut Moyen Âge

Les premiers indices d’occupation du site de Reclinghem sont perceptibles à partir des âges des métaux, à travers du mobilier céramique possiblement résiduel retrouvé dans le comblement terminal d’un fossé et de 2 micro-dépressions.

Le début de la période médiévale est illustré de manière encore plus discrète, avec un tesson de céramique possiblement daté du haut Moyen Âge retrouvé en surface d’un fossé.

D’autres structures en creux antérieures au milieu du XIIIe s., regroupant un ensemble de fosses, trous de poteaux et fossés / tranchées de récupération, ont été mises en évidence sous une importante séquence de remblais.

Phase 3 : le bourg médiéval du XIIIe au XVe s.

A partir du XIIIe s., les parcelles situées au nord-est du chemin font partie intégrante du bourg médiéval de Reclinghem. L’occupation médiévale se structure à proximité d’une micro-dépression en eau. La présence d’un fossé se jetant probablement dans cette mare témoigne de son exploitation par les habitants. La fouille de cet ensemble permettrait, en association avec les structures d’habitat, d’approfondir les thématiques environnementales et paléo-économiques du site. La conservation des pollens, du bois et autres macro-restes végétaux en contexte humide permet en effet d’envisager une approche pluridisciplinaire pour l’étude de ce site.

Concernant les vestiges d’habitat, au moins un bâtiment maçonné sur fondation de rognons de silex a été mis en évidence. Son extension et sa fonction, habitation ou annexe agricole, restent à préciser. D’autres maçonneries ont également été identifiées sur l’emprise. Le plan des espaces bâtis demeure très incomplet et ne permet pas de définir l’organisation spatiale des constructions ou même d’établir leur contemporanéité. Plusieurs fosses et trous de poteaux complètent les vestiges de cet habitat. Aucun plan d’édifice sur poteaux n’a pu être défini lors de l’opération. De même, la fonction des fosses découvertes reste à caractériser.

Phase 4 et 5 : le corps de ferme moderne et la destruction contemporaine

L’habitat se restructure à la période moderne à l’extrémité sud-est de l’emprise, s’installant en partie seulement sur l’habitat médiéval précédent. Il prend la forme d’un corps de ferme de plan quadrangulaire, où les bâtiments d’habitation et agricoles prennent place autour d’une cour centrale. Une partie de cette exploitation est toujours en élévation actuellement, accolée à l’est de l’emprise. Les bâtiments présents sur les parcelles diagnostiquées ont été progressivement démolis. La chronologie précise des constructions et réaménagements successifs des différents édifices de la ferme nous échappe, d’autant plus qu’une vaste fosse de démolition a été mise en évidence au cœur de l’exploitation. Toutefois, cette destruction a épargné une partie des vestiges médiévaux, qui sont apparue préservés sous cette fosse.

Perspectives

Ainsi, le diagnostic s’est révélé positif dans la moitié nord-est de l’emprise. Il a permis d’appréhender l’aire d’extension vers le sud du bourg médiéval de Reclinghem sur près de 6000 m² et son évolution aux périodes médiévale et moderne. Il est apparu que les formes de l’habitat rural du bas Moyen Âge se modifient profondément à la période moderne et évolue sous la forme d’un corps de ferme rectangulaire, rétréci à 1000 m² sur l’emprise et se développant à l’extérieur vers l’est. Ces découvertes s’inscrivent au cœur de la problématique des villages, de leur formation et leur évolution soutenue par la programmation nationale (CNRA 2016 : axe 10). Si l’archéologie préventive porte un intérêt moindre à la reconnaissance des sites ruraux du second Moyen Âge (CNRA 2016 : 143), « c’est l’exploration de ces milieux encore occupés qui permettra de comprendre les dynamiques de peuplement, de façonnage et de transformation du village » (CNRA 2016 : 150).

CNRA 2016 : Conseil National de la Recherche Archéologique - CNRA, Programmation nationale de la recherche archéologique, Sous-direction de l’archéologie : Ministère de la Culture et de la communication, 211 p.

Référence du rapport

Panloups et al. 2019 : Panloups É., Dewitte O., Haddad M., Meurisse-Fort M., Reclinghem (Pas-de-Calais), « Le Village », Rue Principale et Rue de Dohem, Rapport final d’opération de diagnostic, Dainville : Direction de l’Archéologie du Pas-de-Calais, 106 p., 72 fig.